Le positionnement actuel de Windows Live Search sur le web mondial

Un article paru le 24 mars 2008 dans le Journal du Net nous présente la part de marché des 4 premiers moteurs de recherche dans le monde :



Microsoft Live Search apparaît donc quatrième mondial avec seulement 3,1% de part de marché ! Baidu, pour ceux qui ne le sauraient pas encore, est le premier moteur chinois. Celui-ci est troisième avec tout de même 4,5% d'audience, principalement due à ses 1,3 milliards d'habitants et à la difficulté pour un chinois d’utiliser d’autres outils de recherche. On remarque néanmoins que Yahoo enregistre 4 fois plus de recherches que Microsoft et Google, 20 fois plus ! Pourquoi la société informatique de Redmond a-t-elle autant ratée son virage Internet ?



Google, devenu 1er moteur de recherche au monde en seulement 10 ans

Pour tous ceux qui étaient encore trop jeunes en 1998 pour découvrir ce nouvel outil de recherche, voici pourquoi Google a réussi principalement à se faire une place dorée : son temps de chargement record. Parce que franchement, à l'époque ce n'était ni son nom bizarre, ni la beauté de son interface qui ont favorisé le buzz. Maintenant nous nous y sommes tous habitués... C'est juste qu'à la fin du deuxième millénaire, nous n'avions que des connexions à 56kbit/s. Tous les autres moteurs de recherche étaient en fait des portails (à la manière de celui d'Orange actuellement ou de Lycos) avec beaucoup de textes, d'images et de publicités. Ils étaient alors très longs à charger. Google a eu l'ingénieuse idée de dépouiller totalement sa Homepage de tout artifice inutile, pour ne laisser place qu'à un formulaire et un bouton "rechercher" (quasiment comme maintenant). Cela lui a permis d'afficher ses pages de résultats avec des temps de réponse records par rapport à ses concurrents. C'est d'ailleurs le premier à avoir mis en avant le délai d'affichage en dixième de seconde

Mais ce n'est pas seulement pour ces raisons que Google à réussi son entrée fracassante sur le Net. Les deux fondateurs (Sergey Brin et Larry Page) innovent en imaginant un moteur de recherche qui analyserait les liens qui se tissent entre chaque site et permettrait de les classer selon leur popularité respective. C'est donc sur le PageRank que repose, entre autres, toute la force de leur algorithme. Et c'est non seulement ce qui en fait sa particularité mais aussi la pertinence de ses résultats. Et les internautes ne s'y trompent pas ; ils sont beaucoup plus satisfaits des réponses livrées par Google que celles de Yahoo, Altavista, etc.

Le troisième point fort n'est pas des moindres : sa capacité à indexer un nombre colossal de pages. Google est le seul a comprendre aussitôt l'importance d'emmagasiner le plus d'information possible. C'est pourquoi il investit en permanence sur l'achat de serveurs et sur la création ininterrompue de datacenter dans le monde entier qui les regroupent. Car plus vous avez d'informations en stock, plus vous avez de mots clé à votre index et plus vous arriverez à couvrir de manière pertinente un grand nombre de résultats. C'est en cela que réside le génie des fondateurs de Google.

Le fait également, de détenir le plus grand parc de serveurs au monde, leur permet de rendre plus rapide les temps de réponse. En effet, lorsque vous validez votre requête, ce n'est pas le datacenter le plus proche qui vous répond, mais celui qui est le plus disponible à cet instant. C'est ainsi que Google a réussi son pari à l'époque en devenant le moteur de recherche le plus rapide, le plus riche en contenu et le plus compétent.



Qu'attend Microsoft alors pour booster Live Search ?

Laurent Chemla, cofondateur de Gandi et auteur de l'excellent livre Confessions d'un voleur : Internet, la liberté confisquée, aurait dû aussi appeler Bill Gates, Paul Allen et Steve Ballmer de dinosaures du web. Car ce n'est que le 11 septembre 2004 que Microsoft dévoile sa version beta au public, sous le nom de MSN. Soit 6 ans après Google et 9 ans après Yahoo. C'est sûr que pour les pionniers du langage de programmation et le leader de l'informatique, on peut dire qu'ils ont sacrément loupé leur virage du web. Mais ceci n'excuse pas tout. Même si la maison de Redmond a pris du retard, elle dispose de moyens financiers colossaux permettant de le combler. Elle en a apportée la preuve en mettant sur la table, 44,6 milliards de dollars pour tenter d'acquérir Yahoo...

Alors pourquoi Microsoft ne s'est pas posé les bonnes questions avant ? Remarquez il n'est jamais trop tard : Apple a bien réussi à gravir d'énormes échelons qu'ils avaient déjà précédemment perdus face à ce géant de l'informatique. Est-ce dur de comprendre qu'un bon moteur de recherche doit réunir aujourd'hui simplement ces qualités :

  • Avoir la plus grande capacité d'indexation possible
  • Indexer le plus rapidement possible les sites
  • Détenir un algorithme le plus puissant possible
  • Inventer perpétuellement des fonctionnalités supplémentaires
  • Favoriser le buzz en ayant une image en adéquation avec le monde du logiciel libre

Pourquoi au lieu de cela, Live Search ne s'est intéressé qu'à la forme et non au fond de Google. Il a imité, tout comme les autres, le code couleur des textes des résultats, le formulaire dépouillé (alors que nous avons le très haut débit), certaines des fonctionnalités de Google (actualités, cartes), etc. Voilà les priorités qu'auraient dues prendre Microsoft pour tenter de rattraper son retard (qu'il estime à 44,6 mds$ pour avoir 11,9% de parts de marché supplémentaires) :

  • Améliorer sa capacité d'indexation en investissant le quart de cet argent dans la création de nombreux datacenter au travers le monde

Royal Pingdom a dressé une carte des datacenter de Google sur la planète dans un récent article. En voici le détail :

Il est dit dans cet article et selon un rapport de Google, qu'ils auraient investit 1,9 milliards de dollars dans de nouveaux datacenter en 2006 et 2,4 milliards de dollars en 2007. Soit un investissement supplémentaire de 26% par rapport à N-1. Si on fait le calcul inverse, à savoir que chaque année précédente représente 20% de moins que l'année en cours et que l'on additionne le tout, cela fait un moins de 11 mds$ que Google aurait dépensé en tout en dix ans pour tous ces serveurs et datacenter. Microsoft ayant déjà investit une certaine somme pour les siens, on peut donc affirmer que pour battre le 1er moteur de recherche au monde, en terme de capacité d'indexation, il lui suffirait alors d'engager assurément moins de 10mds$ pour ses propres datacenter. Soit moins du 1/4 de ce qu'il était prêt à payer pour Yahoo.

  • Améliorer sa rapidité d'indexation

Il est évident que pour améliorer sa rapidité d'indexation, il lui faudrait tout d'abord améliorer grandement sa capacité d'indexation (comme vu précédemment). Dans ce domaine Live Search est vraiment le mauvais dernier (mis à part Orange pour la France, mais no comment). Voici quelques exemples éloquents :

- Newspeg (crée en mai 2006)
Google : 4 140 000 pages indexées
Yahoo : 185 428 pages indexées
MSN : 513 pages indexées

- Le Blog Auto (crée en mai 2004)
Google : 56 100 pages indexées
Yahoo : 85 207 pages indexées
MSN : 34 000 pages indexées

Pire maintenant, étudions le nouveau comparateur de voiture neuve qu'a lancé le blogauto en mai 2008 :

- Comparateur du Blog Auto (crée en mai 2008)
Google : 4 430 pages indexées
Yahoo : 2 203 pages indexées
MSN : 1 120 pages indexées

Et pour finir, le site de téléchargement de logiciels Yacapa vient de passer sous VNUNet en changeant de serveur :

- Téléchargement VNUNet (changé en juin 2008)
Google : 31 900 pages indexées
Yahoo : 459 pages indexées
MSN : 4 260 pages indexées

A part quelques rares contre-exemples, on constate que Google est très souvent celui qui indexe le plus grand nombre de pages d'un site web, et ce, de manière beaucoup plus rapide que ses concurrents.

  • Améliorer son algorithme et créer de perpétuellement de nouveaux outils pour les internautes

Ajoutons 10mds$ supplémentaires pour la R&D et je pense que Microsoft aurait de sérieux atouts pour rivaliser avec son adversaire. D'autant qu'il peut facilement dédier des équipes, vu le nombre de salariés qu'il a et vu l'enveloppe budgétaire.

  • Favoriser le buzz en soignant son image auprès du monde du développement et du logiciel libre

Je crois que ce qui fait le plus défaut à Microsoft depuis ces quinze dernières années, c'est d'avoir longtemps pris ses clients pour des "vaches à lait". Et ce, dans tous les sens du terme...

Et pourquoi tant de haine ?
Ca a commencé avec Netscape, premier navigateur web au monde en 1994. Mais en 1995, pour contrecarrer cette société, Microsoft va arriver à détruire petit à petit le monopole de Netscape en installant automatiquement son navigateur Internet Explorer dans tous les nouveaux systèmes d'exploitation qu'il commercialise sous le nom de Windows 95. Comme cet OS équipe 90% des ordinateurs vendus dans le monde, il n'a pas été difficile pour lui de détrôner son adversaire. Le dénouement d'un long procès ne se réalise qu'en 2002. Trop tard, Netscape a trop souffert et ne se remettra pas de cette concurrence déloyale. La communauté mondiale s'insurge et Netscape, pour se venger, remet à la communauté du logiciel libre, son code source. Celui-ci sera difficilement exploitable tant il est devenu obsolète, mais va servir de point d'ancrage pour la réalisation d'un désormais célèbre navigateur web : Firefox. Devenu le concurrent principal d'Internet Explorer, avec des percées phénoménales dans certaines parties du monde (notamment en Europe), il représente désormais un outil performant, apprécié et vanté par toute la communauté du logiciel libre, des développeurs et maintenant, d'un grand nombre d'internautes.

Microsoft Office vendu de plus en plus cher
Même s'il est vrai qu'aujourd'hui Microsoft a réagi de manière tardive en proposant enfin une version de Microsoft Office Famille & Etudiants à moins de 150 euros, il a longtemps pris ses clients (notamment professionnels) pour des "vaches à lait". Commercialisé à un prix variant entre 500 et 1.000 euros, il avait essentiellement une grande clientèle de professionnels dans le monde. Or ces sociétés, prisonnières de leur système d'exploitation Windows, étaient obligées d'acheter ce produit, mais surtout, de mettre la "main dans le porte-monnaie" pour acquérir les nombreuses mises à jour payantes et bien souvent injustifiées !

A l'instar de Netscape et de bien nombreux autres exemples, Microsoft n'a de cesse pris en otage tous ss clients pour leurs imposer ses produits, ses mises à jour et ses prix. Et c'est de cela dont il est question aujourd'hui. Car Internet ayant favorisé la communication entre les différentes communautés mondiales du logiciel libre, il a permis de créer de nombreux palliatifs gratuits. Avec un grand goût de vengeance...

Après de nombreuses années, les acteurs de l'Open Source ont réussi à relayer leurs outils (souvent plus performants et gratuits) auprès des internautes. Pourtant longtemps mésestimé par Microsoft, ils ont prouvés qu'ils étaient des leaders d'opinion et qu'une entreprise informatique ne devrait pas les ignorer.

Et c'est de cela dont il s'agit. Microsoft aura beaucoup de mal à (re)prendre une place dans le coeur des développeurs. Sauf si avec le temps, il démontre un peu plus de considération... Rien n'est jamais perdu !